Shivaratri et Kumbah Melah : Varanasi

Posted from Varanasi, Uttar Pradesh, India.

On passe l’après-midi à regarder par la fenêtre, jusqu’à ce qu’un groupe de journalistes indiens rentrant chez eux, engagent la discussion. Tout de suite ça change du classique « Are you married ? What’s your name ? Where are you from ? ». Du coup on parle de politique anglaise et française, mais bon, au bout d’un moment ça fatigue…
On arrive à Lucknow après environ 7 heures de train. Nous attendons notre train de nuit sur la plateforme, en grignotant des chips et des biscuits, et à côté de nous, des énormes rats font la même chose. Le train arrive, on monte et on essaye de dormir.
Le lendemain, on arrive à 5 heures du matin à la gare de Varanasi, déjà complètement bondée. Un chauffeur de rickshaw nous accoste, et on monte avec lui. Il nous amène à la guest house où l’on voulait aller, mais tout est plein. Le chauffeur nous montre différentes guest houses qu’on essaye toutes. Et oui, dans deux jours, c’est Shivaratri, la célébration du mariage de Shiva et Parvati, une des plus grosses fêtes hindoues, et Varanasi est la ville indienne la plus dévouée à Shiva.. Et en plus de ça, c’est la Kumbah Mellah à Allahabad, pas très loin de Varanasi, le plus grand pélerinage du monde. Donc beaucoup de monde à Varanasi.

Lever de soleil sur le Gange

Lever de soleil sur le Gange

On finit par trouver une guest house, Elvis guest house, avec une belle guitare en tôle sur le mur. Une fois nos bagages posés, on va sur les ghats (marches au bord du Gange). De là, on observe le soleil se lever de l’autre côté de la rive, où il n’y a rien, si ce n’est quelques bateaux de pêcheurs. On se promène ensuite sur les ghats, promenade rythmée par les « Boat ? Boat ? » des pêcheurs. On rencontre par hasard Giudita, une amie de Karen et Nick qu’ils étaient censé retrouver à Varanasi.

Un indien dans la ville.

Un indien dans la ville.

On se balade avec eux, au milieux des tentes des saddhus sur les ghats, tous fumant le chillum (pipe indienne) dès le réveil. Et surtout, il y a les naga baba, les saddhus qui font voeu de nudité. Du coup, au réveil, on se prend plein de fumée de charras dans la gueule, plus un festival de bites. Il y en a même avec des anneaux dessus (oui, parce que même si ils se disent saddhus, ils ont quand même besoin de deux heures pour se faire beau le matin, et ils ont des téléphones portables, des appareils photos, des Ipod… C’est moins spirituel tout de suite..). De l’autre côté, en bas des ghats, les indiens font leurs ablutions matinales dans un ramassis de produits chimiques, de métaux lourd, de déchets, de défections humaines, de cendres humaines, etc…

Les tentes de sadhus sur les ghats

Les tentes de sadhus sur les ghats

D’ailleurs, les indiens ne vont pas chier dans le Gange, c’est trop sacré, ils vont sur la première marche, en haut des ghats, qui est constamment remplie de merde..
Et au milieu de tout ça il y a quelques flics qui se baladent, face à des centaines de personne fumant du cannabis sous leurs yeux, sans pouvoir faire quoique ce soit.
Un peu plus loins, c’est le ghat machine à laver. Des indiens qui lavent le linge dans le gange, et arrivent à garder leu linge blanc, ce qui tient de l’exploit quand on voit la couleur du gange.

La laverie..

La laverie..

On se pose pour boire un chai, pas trop mauvais, dans un verre en verre en plus. On est content de nous, puis on voit le mec laver les verres dans l’eau du gange… Merci.
Après le petit-déjeuner, on est tellement fatigué, que Nick et moi allons dormir pendant quatre cinq heures.

Au réveil, on va rejoindre Karen à Marnikarnica ghat, le ghat de crémation. Ici, il y a des crémations 24h/24, 7/7, on dirait presque une usine. Il y a 5-6-7 corps qui brûlent en même temps (sur des feux séparés quand même), pendant que les corps continuent d’affluer à travers les petites ruelles de Varanasi. D’ailleurs, il faut être vigilant dans ces minuscules ruelles (même les rickshaws ne peuvent pas y passer), car il y a les vaches, les bouses de vaches, les tas de déchets, les gens qui pissent, et surtout, il y a des corps qui arrivent, et vaut mieux pas entrer en collision avec eux..
On monte dans un bâtiment pour observer les crémations d’un peu plus loin, et là, un mec vient me parler, et commence à m’expliquer le nombre de crémations par jour, etc.. la quantité de bois utilisée.. le prix du bois.. Et on y vient, il me demande une donation. Je lui répond que non, je ne donnerai rien, et il commence à me parler de Karma, etc.. Je lui demande donc quelle est sa vision du Karma, quant à faire du business sur la mort des gens. Apparement il aime pas, parce qu’il appelle son pote, un (faux) saddhus qui essaye de me bénir pour que je lui donne des thunes. Du coup, j’évite sa main, et je m’empresse de me casser, mais le premier mec me rattrappe et m’agrippe la main, en me disant de lui donner de l’argent, pendant qu’en face de moi deux vieilles femmes assises sur les marches de l’escalier tendent leurs mains aussi… Je me débat un peu, et réussi à m’arracher du mec, qui m’insultent pendant que je descends les escaliers (c’est la première fois que j’ai entendu un indien dire « Motherfucker »).
Après ça, je vais poser une fleur de lotus avec une bougie sur le gange..
Bref, on va manger, on se pose, et on rentre dormir.

Coucher de soleil sur Varanasi

Coucher de soleil sur Varanasi

Le lendemain, on se lève avant le soleil, pour l’observer depuis les ghats (oui, on ne s’en lasse pas…). S’en suit une promenade, ponctuée par les invitations des saddhus pour boire le chaï, ou fumer le chillum..

Lever de soleil depuis les ghats

Lever de soleil depuis les ghats

Après une longue promenade, on retourne à notre guest house pour un peu de calme, mais deux hippies essayent de jouer du violon indien. Apparement, ils ont l’air d’aimer ce qu’ils font, mais ça ressemble plus à un rat en train d’essayer de manger un crocodile… Et ils continuent pendant plus de quarante minutes, en ignorant totalement ce qui les entoure.
On part ensuite chercher une autre guest house, moins chère aux environs de la notre, mais on n’en trouve pas. On revient donc à notre point de départ, prend nos sacs et se casse. Nous hélons un rickshaw, et lui demandons de nous conduire à Manikarnica ghat, où on a une chance de trouver une chambre si l’on arrive vers midi. Le rickshaw nous conduit environ un kilomètre et s’arrête, nous demande 50 roupies, et se casse en nous disant que la circulation est arrêtée pour shivaratri. Effectivement elle est arrêtée, mais environ un kilomètre et demi plus loin. On marche donc sous le soleil pour les 3 kilomètres restants, et arrive à Shanti guest house avant midi. Là nous trouvons une chambre, sans fenêtre, mais pas chère.
Je pars chercher un opticien, et me fait faire un devis pour une paire de lunettes et une paire de lentilles (1 an), parce que j’ai un peu détruit mes lunettes, sans faire exprès. Le total s’élève à 1600 roupies pour les lentilles, et 4400 roupies pour les lunettes (oui pour une fois j’ai acheté des verres de qualité.. enfin, on en reparlera..), et le tout sera prêt en deux jours.
Dehors, il y a un monde fou dans les rues, et notamment une queue impressionnante pour aller au temple doré. On demande à quelqu’un, de combien est environ l’attente, et il nous répond, en moyenne, 24h.. Et les gens attendent..

Les naga baba sur les ghats

Les naga baba sur les ghats

De retour à manikarnika ghat, je change des roupies en dollars, pour anticiper sur le passage de la frontière, car il faut payer le visa népalais avec des Dollars américains. Une fois achetés, je commence à paniquer, on dirait des faux. Remarque, j’ai jamais vu des dollars. Mais ils sont très mal faits. Je demande à plusieurs personnes, et apparement ce sont des vrais. C’est juste que leur monnaie est une blague..

Pendant la journée, on nous a donné un flyer pour un concert avec un mélange de dubstep et de musique indienne, du coup on part en vélo rickshaw, un peu serrés, vers Assi ghat, reste bloqué 5 minutes à cause de vaches et de buffles au milieu de la route, et arrivons enfin. On remonte ensuite les ghat pour trouver le bar où a lieu le conert, et on marche longtemps.. En fait on remonte presque jusqu’à notre point de départ avant de trouver l’endroit. On monte, et sur la terrasse, a lieu le concert. Et… bah, c’est d’la merde. Du coup on se casse, et je rencontre par hasard Murielle et Marc, mes voisins de Gokarna. On va manger ensemble dans un petit restau où ils font de la bouffe japonaise !
On rentre ensuite à la guest house par la rue principale, et c’est la folie partout ! Des murs de sons qui balancent de la techno indienne (bizarre…), pleins de jeunes indiens qui dansent comme des malades, tous shootés au bhang lassi. Bah oui, Shivaratri commence, et dans les rues, toutes les échoppes nous disent : « Tomorrow, free bhang lassi ».

Un Sadhu qui prouve sa virilité

Un Sadhu qui prouve sa virilité

Le lendemain matin, on se lève, et c’est Shivaratri. On se promène donc sur les ghats, où pleins de gens distribuent du riz aux mendiants, font des décorations avec des fleurs, des bougies.. On va jusqu’à assi ghat, et on cherche un endroit où manger mais tout est fermé. On finit par trouver, après 20 minutes.
Je rentre ensuite à la marche jusqu’à la guest house, et sur la route, même les vaches font la fête : deux vaches sautent partout dans la rue (sur les voitures, sur les gens…), et du coup j’essaye d’avoir une vidéo, pendant que tout le monde me crie de ne pas rester à côté, mais bon, ça vaut le coup. C’est que après, que je me rend compte que j’étais pas en train de filmer.. Bref.. Un peu plus loin, il y a une grande procession pour shiva, avec des enfants maquillés, et déguisés, qui paradent sur des chars, et à la fin, un gros mur de son avec des indiens complètement défoncés qui dansent de façon euuh.. indienne ?
Dans les petites ruelles qui descendent vers ma guest house, je suis confronté à un flux continue d’indien remontant depuis les ghats, les yeux rouges, à peine capables de marcher, le regard vide..

Le soir, on re-sort, et sur le chemin du retour, la rue principale est complètement bondée. Il y a une énorme procession, avec des chars décorés, un éléphant, des chameaux, des déguisements, de la musique, et surtout un monde impressionnant. Et forcément, on doit aller dans l’autre sens. Du coup on passe par les petites ruelles et essaye de se frayer un passage, pour enfin arriver à la guest house et pouvoir dormir. Mais il y a du bruit toute la nuit, forcément..

Procession de la shivaratri

Procession de la shivaratri

Le jour d’après, on va à la gare, pour réserver nos billets, mais c’est le bordel au centre de réservation, il y a un monde impressionnant. Quelqu’un nous dit que l’on doit aller au bureau pour les étrangers. On y va, et là, c’est plus tranquille, on a des fauteuils, et on peut attendre tranquillement (Nick s’endort). Quand vient mon tour, je demande deux billets depuis Patna, jusqu’à Siliguri (pour aller à Darjeeling avec Nick, Karen allant directement au Népal vu que son visa expire). Il me demande mon numéro de passeport, une photocopie, pas de problème, mais il demande la même chose pour tous les passagers. Je lui dit que Nick n’a pas son passeport. Il me dit que c’est pas possible, et je lui demande pourquoi (vu que j’ai toujours fait comme ça jusqu’à présent), et il commence à s’énerver, en disant qu’ici les règles sont différentes, que si je suis pas contenet, j’ai qu’à aller au centre de réservation ordinaire. Et là il commence à faire des trucs sur son ordinateur et à imprimer un billet. Je lui dit donc que ce n’est pas la peine de réserver juste une place, qu’on reviendrait plus tard avec les passeport, mais que dans tous les cas, un billet ne suffit pas. Et là il re-commence à dire les même choses, à propos de ses propres règles, etc… Et me tend un billet pour 2 places, Nick et moi. Bref.. Que s’est-il passé ?

On va ensuite à Mehrota Silk fabric, où l’on trouve des écharpes 100% soie pour des prix ridiculeusement bas (environ 8.50€ pour une écharpe), et rentrons vers la vieille ville. On doit passer par une rue très fréquentée, où il y a un énorme embouteillage, plein de bruit, de pollution, et de rickshaws.. On arrive enfin, et je me rend compte que j’ai perdu un bout de mes lunettes. Du coup je vais chez un opticien indien, et me fait faire des lunettes et des lentilles pour environ 40€. Oui, je dépense beaucoup aujourd’hui… Mais au moins, je suis prêt à partir le lendemain, direction Darjeeling, via Patna et Siliguri.

Et évidemment, on se lève un peu tard, du coup on doit aller directement à la gare.. Impossible de trouver un prix correct pour un rickshaw, le premier nous demande 500 roupies (la veille, ça nous a couté 15 roupies), parce que la circulation est coupée dans la vieille ville. En marchant un peu, on finit par trouver quelqu’un qui nous emmène pour 30 roupies chacun. Arrivé à la gare, on doit acheter notre billet de train, pour Patna, en general class. Mais il y a un monde de malade, environ une heure d’attente. A tout hasard on demande au centre d’information pour touristes si il est possible de prendre nos billets au même endroit que la veille. Ils nous disent que non, mais nous demande de les suivre. On arrive alors de l’autre côté de la vitre des billetterie. En face de nous, il y a des masses d’indiens qui viennent acheter leur billets, et attendent une heure, pendant que nous, nous sommes assis et attendons environ 30 secondes avant d’obtenir nos billets. Comme quoi, c’est bien d’être un touriste de temps en temps. Ensuite, il faut trouver notre train. Tout le monde le connaît mais personne ne sait sur quel quai il arrive, ni à quel heure. En cherchant des infos, je perds Nick de vue dans la foule, et je passe les 20 prochaines minutes à longer le quai pour le retrouver. Juste au moment où j’allais abandonner et entrer dans le premier train pour Patna, je le retrouve, et on monte dans le train, à quai, qui va à Patna. Il est en retard d’environ une demi-heure au départ, puis, à la première gare, Mughal Saraï, il s’arrête encore une demi-heure. Puis, il s’arrête encore 40 minutes dans une petite gare pour laisser passer 4 trains. On commence à désespérer (on a un train à chopper le soir même depuis Patna à Siliguri), car on est déjà trop en retard.. On demande à quelqu’un s’il sait à quelle heure on va arriver. Il nous répond, pas avant 22h30, soit 25 minutes avant le départ de notre train. C’est peut être jouable. Il est environ 20h30. Cinq minutes après, il revient et nous dit qu’on arrive à Patna dans deux minutes. Et effectivement, on arrive à Patna. A ce jour, je comprends toujours pas comment c’est possible, qu’un train indien, en retard de presque deux heures, arrive 40 minutes en avance..

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